Discours de réception de personnalités En l’Académie AutreTerre
Une série

Réception de James Joyce
Et Nora Barnacle
à l’Académie AutreTerre


Op 34







ΙPasted Graphic

Envoi


Ι
l me revient ce jour, mon cher James Augustine, l'œstrangel honneur de te recevoir, avec un picodécalage temporel, c'est sans importance, dans la fanraronneuse Académie AutreTerre. Pour toi elle changera de ton!


L'honneur te recevoir, toi et cette femme extraordinaire qui, à force d'être commune, devient le voyage obligataire de l'homme, une femme aimantée, centre et abscisse du sexe, une
ServaPadrona comme disait mon pote Pergolèse. J'ai nommé la très divine Nora Barnacle. Ta textochimie révolutionnaire s'est envolée de Dublin à Paris, à Trieste, à Zürich et au reste du monde; je puis dire que tu es une sorte d'efrit bienveillant dispersé dans des universités, des cercles littéraires, des salons où l'on tente de causer des causes, des esprits d'écrivains que tu as fécondés. Mon grand ami Butor te savait bien et t'a consacré une partie de son temps de vie. Je suis, et ne suis pas, un spécialiste de tes dérives sémantiques et sexuelles mais elles me parlent! En tant que compositeur et chef d'orchestre je te saisis beaucoup mieux qu'un Sollers ou tout exégète de France, c'est facile. Mais, sur le plan de l'ironie intertextuelle, beaucoup de fameux personnages se sont penchés sur tes abysses sémantiques et je ne prétends nullement faire mieux. Je ferai différent! Nonpareil. Comme toujours, à ces odieux postmodernes frouzes qui tous se réclament de toi? Moi, je suis neuf, et bien surpris de le dire, voire de le constater. Cela dit je puis te shorter en un mot: tu déconnes! En clair tu sors du con de la femme, mais tu te hâtes d'y revenir. Amnioticus benditus homo hétéro.


Pour suivre l'usage, je vais, en premier, saluer les diverses présences de ce soir en AutreTerre et m'essayer à ton langage explosé, à ta technique que j'ai, il y a bien des années, décrite comme nucléaire, j'y reviendrai. Voici mon préalable:

M
es Setters irlandais bien aimés (vous en savez plus que nous sur le flux de la vie), mon cher peuple de France qui, ces jours, aura vécu une comédie tragique et dérisoire, Mesdames et Messieurs mes souteneurs, tracteurs et détracteurs et Vous, les sempiternels Titres oubliés, Mesdemoiselles les serveuses-raptor de bistrots, cafés et autres coupe-gorge commerciaux, Exceptionnelle Anna Livia Plurabelle, Mon cher Juif errant qui sait s'insinuer dans tous les romans et même les miens, Noble chirurgien qui m'a rendu tout à la fois la vue et la vie, Vous les invisibles sourires de petites surfesses, Appauvris de France et de Navarre, Vos proéminences kardinalesques, Grands maîtres len Arc lémanique, Madame la Messe des morts que je conserve jalousement et Monsieur The Book of Kells aux belles enluminures, Madame l'intrépide et Mademoiselle de la Montagne triangulaire, toutes deux représentant ici l'ordre des dieux lares et enfin vous, Madame l'Orange mécanique, qui arpentez le temps de vos longues pattes raides et qui déclenchez le tocsin de nos vieux morbiers, la nuit, éclatant des heures et des quarts d'heures en frissons de métal, voici ce que je dois vous direde l'homme qui nous honore et nous grandit, ce soir, de sa présence:

Éloge

C
her James Augustine, tes prénoms me charment. Je ne souhaite pas t'appeler Jim, c'est réservé à NORA (une femme ordinatrice) mais j'aurais préféré un James Géraldine (ce que signifie nana pour les chasseurs de crocodiles) ou même un James Gwendoline, ce qui m'eût rappelé Just Jaeckin qui fit en l'an 1984 un beau film estrangel et vulvecanique sur ce prénom. Bref, Cher James je vais devoir me dupliquer, à cause… à cause de toi, car t'évoquer c'est aussi entrer dans le sexonucléaire. Je m'en expliquerai. Longuement. Tu vas peut-être faire exploser ces pages que, d'ordinaire, je limite à vingt-quatre mais qu'importe? L'unique chose que je redoute un peu est une rédaction en chaîne, si nous fissionnons trop nos mots. Allons-y!

I
l n'est point en Genève de Centre de recherches texto nucléaires, de tireuse de protons, de tarot ou de radiologues fous, fussent-ils financés par les criminels de Genolier, ni de radars ou de CPU géants qui auraient pu prédire notre rencontre et la suite de catastrophes - au sens de René Thom - que, de par ton impudente sexualité, tu vas provoquer.

C
e discours ne serait pas complet sans un hommage prélavable à mes compagnons de vie et de lit, Umberto Eco, que je décortique, le matin, avec de divins croissants au chocolat, il parle de toi d'une manière inimitable dans son ouvrage De la littérature, Anne Garibaldi qui, un soir à Paris, rue du Cherche Midi m'esplucha "toda la noche" tout en s'essayant à la tirade de Molly Bloom, c'était une hagnificent Juive malgré son patronyme rital, et même Jean d'O, qui ne sait pratiquement rien de toi mais qui, tout en le cachant, a les mêmes penchants. Et toi aussi, Molly Schmoll, héroïne d'un grand livre que j'ai commis et au fil duquel j'ai le privilège de mourir à Real del Catorce, lieu magique dont Cesare Battisti parla si bien dans son fabuleux polar Buena onda, sans oublier ma jardinière, Michel le Butor, qui se vêtait ainsi, en homme simple, et que j'ai très récemment perdu mais qui, rare entre les rares, a donné une superbe traduction de ton Finnegan tout en certifiant que personne au monde n'avait jamais pu lire ce texte en entier tant sa chimie dé(s)Orient(e) le lecteur.

Δ
e plus:

Tu demeures
! Ce qui ne se produit plus dans une société mondialisée, dans le monde du désert télévisuel où il faut aller vite et ne jamais descendre vers le présent. Dans ce monde de glissades financières sauvages menées par de tuables imbéciles tu es peut-être le modèle du guerrier dont nous avons besoin, pour une grande lessive. Nous vivons, je le rappelle, la comédie obscène des élections françaises et ça me faut chier de voir les puissances d'argent manipuler ce peuple comme elles peuvent et osent le faire. Pourrais-tu les désintégrer? Ce serait une bonne chose. Sur un autre plan, je ne suis pas ravi que les gens de lettres aient tenu à publier ta correspondance intime. Toutefois elle me fait comprendre pourquoi tu t'es glissé, parallèlement, dans une autre folie. Il te fallait un discours (b)anal pour faire Ulysse et Finnegan. Voici quelques extraits, avec quelques coupures pour trop de redondance.

Χ
itation:





Le 8
décembre 1909. Le rideau se lève côté courrives. Joyce, qui se croit seul chez lui, est pris d'une petite bandaison agréable. Dans l'ombre inquiète de la pièce des mouvements très lents se dessinent pour former un creepshow. Issue d'un battement d'ailes de cuir apparaît une silhouette bien connue à Genève. Un frontalier du non de Joan Calvin. Suivi d'un français très endommagé du nom de Philippe Sol-Air. Odeur de soufre vanillé. Joyce, très joyce, ne remarque rien, absorbé jusqu'aux oneilles dans la rédaction de sa lettre à Nora. Il agite sa plume de coq et note ce qui suit:
Joyce:
— Ma douce petite putain de Nora, J’ai fait ce que tu m’avais prescrit, vilaine petite fille, et me suis astiqué deux fois pendant que je lisais ta lettre.
Je suis enchanté de savoir que tu aimes être baisée par le cul. Oui, maintenant je me souviens de cette nuit où je t’ai baisée si longtemps par-derrière. Jamais je ne t’ai baisée aussi salement, mon amour. Mon dard était planté en toi pendant des heures, allant et venant sous ta croupe retroussée. Je sentais tes fesses grasses et moites sous mon ventre, et je voyais ton visage rouge et tes yeux déments. À chaque fois que je te pénétrais, ta langue sortait effrontément d’entre tes lèvres, et si je te pénétrais plus fort et plus profond que d’habitude, de gros pets sales sortaient en crépitant de ton derrière. Tu avais un cul plein de pets cette nuit mon amour, et je t’en ai vidé en te baisant, des gros et gras sympathiques, de longs venteux, de simples petits craquements rapides, et beaucoup de vilains petits pets minuscules s’achevant par un long souffle de ton trou. C’est merveilleux de baiser une femme qui pète quand chaque coup de reins lui en fait sortir un. Je crois que je reconnaîtrais les pets de Nora en tous lieux. Je crois que je pourrais les distinguer dans une pièce pleine de femmes qui pètent. {{{))) Ils sont soudains, secs et sales comme ceux qu’une fillette insolente lâcherait la nuit pour rire dans le dortoir d’un pensionnat. Je souhaite que Nora ne cesse jamais de me péter à la face pour que je puisse connaître toujours leur odeur. Tu dis que lorsque je reviendrai tu me suceras et tu veux que je lèche ton con, petite canaille dépravée. ((())) que tu prendras délicatement la queue de ton amant, puis que tu la goberas dans ta bouche humide et la suceras avidement jusqu’à ce qu’elle devienne plus grosse et plus dure et que j’éjacule dans ta bouche. ((())) je commencerai à te lécher autour de ta motte en prenant mon temps. Tu commenceras à remuer et à t’agiter, puis je lécherai les lèvres de ta chatte mon amour. Tu commenceras à grogner et à grommeler, à soupirer et à péter de désir dans ton sommeil. Alors je lécherai de plus en plus vite comme un chien affamé jusqu’à ce que ton con soit une masse de bave et que ton corps se torde sauvagement. Bonne nuit, ma petite Nora péteuse, mon sale petit oiseau baiseur! Il y a un joli mot, mon amour, que tu as souligné pour me faire mieux m’astiquer. Écris-moi encore sur ce sujet et sur toi, tendrement, et plus salement, plus salement.

JIM



h! James! Ou Jim. comme tu veux, mais nous sommes habitués à ce James qui n'est pas encore sali par un Bond, fût-il du trésor. Je suis - soi-disant - connu pour mes textes sexuellement osés sur les femmes, le sperme en jets, ruisseaux, lacs, les bottes et la cravache, les jupes de cuir, ces jambes qui arpentent le monde et croisent nos festins. J'ai parlé de ça avec force, je n'ai craint aucune fantaisie, de vulvcain, d'amazonesse, de boucherie féminine, d'espluchades, de regards, de caverne Nicole et plus! Je dois tous vous avertir que, si comme toi j'avais écrit des textes aussi fleshy, ou une Connaissance par le pet j''eusse été rejeté, éliminé, pourchassé, banni, honni, pouilly, fuissé, chassé, exilé, conspué, mis à l'index; on m'aurait même retiré le Prix quadriennal de la Ville de Genève, prix que je suis le seul à avoir emporté avec panache!
Tu n'y vas pas de langue morte
! En te lisant, incrédule, je suis amusé! Avec ça, tu nous rends un grand service. Tu fais ressortir le climat du "sexuellement correct" qui règne ici, venu du plus sale des pays: l'Amérique, qui détient le record du pornographique commercial. Pourquoi a-t-on diffusé tes correspondances amoureuses? On pouvait s'en passer! De plus, elles ne choquent que les choquables, les purotains, les esclaves de l'une des innombrables pensées uniques. Une chose est sûre, tout cela avait du sens pour toi. Moi… je ne me suis jamais passionné pour les gaz des femmes, j'ai peut-être loupé quelque chose. En tous les cas tu nous démontres l’extrême faiblesse du langage osé. On n'y parle que de tubes, de fluides. d'hydrogène sulfuré et de minichimies.
Pour moi, le jour où j'ai écrit
L'équi voc, ce problème était posé et réglé. Je disais entre autres qu'il faut rester conscient que les gros mots n’ont de pouvoir qu’aussi longtemps qu’ils choquent, qu’ils impactent. Qu'ils s’érodent vite, s’usent et perdent rapidement de leur force, que les interdits, en littérature, ne vivent pas vieux.

Δ
ublin!
Je l’imagine errant dans la nuit irlandaise
! Dans une ville imaginée par lui. Il avise l'enseigne d'un pub, s'approche, ouvre la porte mais… recule et reprend son errance. Les pubs, ce n'est pas ce qui manque à Dublin. Joyce est nettement en proie à ses chymies, à la recherche de la fille philosophale, de bonne et sainte She-mie complémentaire. C'est déjà Ulysse en errance.



Un homme, en niveaux de gris erre dans les rues de Dublin. Il évite Bachelors Walk, longe Finnegan street et les anciennes fortifications des Vikings et s'approche d'un bar, le Krells Shot, dans un immeuble de briques rouges obscures, entouré de deux immeubles de briques brun sombre. Minuit arrive sans se presser, le Pape se schmurfe dans un bénitier mais nulle Apocaline gypsie ne vient sanctionner cette horreur viatique et annale. Dracula passe près de lui, il n'a pas pris une ride et le réalisateur de cette scène ajuste les poursuites. Joyce apostrophe son sexe pivotant avec véhémence et pousse une porte à quatre battants, se choisit une table et s'adresse à la serveuse qui, telle une vapeur dansante, vient de sortir de l'ombre.
Joyce:
— Vous habitez chez vos parents? Je vais prendre une Guinness. De quoi faire chuter cette foutue reine d'angles terre à terre.
Nora:
— Oui Monsieur, désirez-vous autre chose?
Joyce:

— Toi! Tu es une fille nucléide. Je te sens. Tu vas libérer les valences de mes mots et aussi ma beat!
Nora:
— Ça me plaît. Mais ce mot n'est pas encore vraiment inventé…
Joyce
:
— Nucléide ou nucléaire
? J'entends par là une fille à fracasser et déconstruire le langage, mon rêve! De plus, tu pues agréablement. Je me sens aussi vache que bouc étoilé à te sentir tant rivière en cours.

Nora:
Très excitée. Du bout de sa chaussure Remington calibre 416+ elle explore l'entrecuisse de Joyce et libère un petit cloud de sourires approbateurs… C'est une belle Irlandaise de vingt ans, cheveux bruns, yeux bleus, avec dans la voix des harmoniques impaires sensuelles. Elle n'est ni bannedante ni sexy, juste chargée de destin.

— Je m'appelle Barnacle. Nora Barnacle. Je suis une fille arthropode et, de mes ancêtres Cirripedia du sous-phylum Crustacea je suis une redoutable crabesse et - parfois - une hommarde! - Je travaille dans cet hôtel comme serveuse mais mon but réel est de vivre dans les eaux peu profondes et marécageuses d'une culotte masculine à mon entière dévotion…
Joyce
:
— Une vraie femme, somme toute…
Nora
:
Menaçante, elle ouvre de grands yeux et appuie un peu plus fort sur le sexe de Joyce. Il tente de se lever ou peut-être même de se lover, mais en anglais ce mot a trop de sens pour l'instant, soumis, il s’exclame, tout en ronchonnant: The fall! Bababadalgharaghtakamminarronnkonnbronntonner-ronntuonnthunntrovarrhounawnskawntoohoohoordenenthurnuk!

— Vas-tu te taire? Oui! Ôte ta culotte masculine dont je ferai vite un endroit érosif. Tes couilles seront chauffées en génératrices de suspension sessiles (non mobiles) et se nantiront de deux stades larvaires néktoniques comme mille deux cents espèces de barnacles connues. Je suis la seule à incarner ton destin "curl-footed".

Joyce
:
— Je bée, je bête, j'hébète, elle tient la clef des sens, des miens en tous les cas. Et ça avec une femme de chambre
! Cette race dominera le monde, je me dois de vite écrire sur les amours ancillaires.
Nora
:
— Une femme de chambre qui rend son tablier!
Joyce
:
— Te voici nue
! Ah! quel beau front!!
Nora:
— Riverrun legstime, je sais
! Tu aimes mon air garçon? Je viens d'avoir vingt ans.
Joyce
:
— Et moi, tout juste mille cinquante-sept semaines
! En mai! Nous sommes proches!
Nora:
— Tu es mince, raffiné et très mal habillé. Je devrais bien vite te mettre à nu mon héros
!
Joyce
:
— Cha va de choix
! Sois ma Pénélope, je serais ton Cul lisse car j'ai du génie. Tu le renforces, tu le durcis!

Ils se dévisagent avec une telle intensité que les divers scotchs alentour s'enflamment, Des Ombres, sous la forme d'un vampire semi-visible, les éteint. Tente pasteurs homosexuels meurent de chagrin. Le patron du bar, un colosse rouquemoute, tente de ramener Nora vers le comptoir de cuivre et d'acajou juvénile, d'un bref revers du coude gauche elle le tue. Sept prolétaires en CDD le recyclent, personne ne bouge dans la salle basse et infâmée. Molly Bloom, sous une lampe TIffany se donne à Dieu, ou celui-Qui-Se-Fait-Passer-Pour-Lui, puis se fait la malle. On entend la marche funèbre de la septième de Ludwig Van, œuvre qui fête sa quatre-vingt-treizième année, Johny Hallyday fête ses moins cent trente ans et la France commence à découvrir ses vautours politiques.



Enfin, ta centrale nucléaire, ton surgénérateur de voc! Je ne partage pas hypothèse que l'on te prête: rester incompris pour faire parler de toi au-delà de ta mort? Nononono… Beethoven et Mozart me font signe, après… on s'en fout, et tu es trop gai de nature pour chercher un éventuel paradis "après"
À sa manière, Bécaud parle de toi beaucoup mieux que ces universitaires de tout poil qui ont plus vécu de ta plume que toi
! Écoute:

Dictature religieuse
ambiance de gospel
:

James, ô James
T'iras pas au Paradis
Tes pensées sont mauvaises
Tu fais honte à ton diocèse…
Joyce;
Ton paradis? Je m'en fous!
Mon paradis c'est elle
et puis c'est tout
!

Ça, c'est envoyé
! Je demeure certain qu'au-delà de tes aspects souvent étriqués, de l'ivrogne "impassible" que tu fus, tu as su être l'homme d'une religion solaire pratiquée. Avec la femme première.

ϑ
e puis maintenant développer mon second thème: ta centrale nucléaire, ton surgénérateur.



Loin de moi l'idée de rédiger une traduction de plus des textes de Joyce, Ce qui m'intéresse beaucoup, c'est son travail sur les atomes du sens. C'est en s'inspirant de Finnegans Wake, que le scientifique Murray Gell-Mann baptisa "quarks" les microparticules découvertes par lui en 1964 On lui doit l'introduction d'un nouveau nombre quantique, l'étrangeté
! Il existe une parenté entre notre Irlandais et ce physicien! Quand je parle d'un travail sur les atomes des "sens", je me réfère évidemment à ce que j'ai vécu à la fin des années cinquante, avec Pierre Boulez, Xenakis et d'autres. En musique, nos classiques ont vécu dans l'ordre régalien et le temps juif. À savoir l'harmonie, qui apparaît après le déchant et la forme symphonique du temps fermé. Mais, pour échapper à l'harmonie, et échapper au contrôle vertical en musique, il fallait oser s'attaquer à plusieurs paramètres. Le timbre (couleur du son, spectre), l'intensité et… le temps. S'en prendre à ce dernier fut fatal à la nouvelle musique mais des frontières s'ouvrirent. Le principe grammairien de "sujet, verbe, complément direct, adjectif" donne naissance, dans l'écriture, à un sens. On va d'un point à un autre, il y a une direction.
Mais chaque mot contient divers sens. Commencer à jouer avec les mots en pratiquant comme Joyce une fission - en tous les cas un morphing - fait diminuer le sens ordinaire de la langue pour en créer une variété d'autres. Dans l’art de construire. Joyce fut un précurseur de la synthèse additive, du morphing et même de cette merveille récente qui porte l’étrange nom de granular synthesis. J’ai pu constater que le morphing du vocabulaire en français est assez difficile. Je conserve l’impression que l’anglais, langue onomatopoétique, s’y prête mieux. Je ne vois pas Joyce comme un savant fou ou un expérimentateur, je crois qu'il s'amuse. Mais… il parvient à des effets de fission. C'est pourquoi j'ai parlé de centrale nucléaire ou de surgénérateur. Oui, on peut exploser des mots en les frappant avec d'autres mots. On peut casser des noyaux sémantiques. Comme un neutron casse un noyau dans de l'uranium 238 en provoquant la naissance de deux autres particules identiques et… un dégagement de chaleur et de lumière. Ça se nomme bombe A et le processus est nommé fission, quand la densité des matières fissiles dépasse la masse dite critique.
Au niveau du langage il n'existe aucune force instantanée qui permettrait une telle explosion. Ou alors, ce serait avec lenteur, au fil d'années ou de siècles. Le syndrome de Babel nous protège efficacement d'un sorcier du langage. Pour imager ce qui précède je n'ai qu'à prendre le premier mot de Finnegan
:

Riverrun, past Eve and Adam's, from swerve of shore to bend of bay, brings us by a commodius vicus of recirculation back to Howth Castle and Environs.
Qui se traduit chez Butor et d’autres part courrives. En anglais je perçois une rive, une rivière suivant son cours. En français (ma langue maternelle) je perçois une rive, un cours, une rivière, des riverains, une rivière furieuse, un cours d'eau, un courrier, une course, quelque chose d'argenté et gracieux et… une entité moqueuse à définir qui hante un instant mon imagination. ici réside la magie de Joyce: il a ouvert mes bibliothèques, avec un mot. Tu imagines ce qui descendra avec, par exemple, "vicus of recirculation"?

Θu’est-ce qui rend joyce DesOmbres? Reprendre et déformer l'Irlandais, pour s'amuser. Il en profite pour citer des variations idiotes de son nom.

Of the first was to bare arms and a name: Golddorable Iatus Guillone Booslaeugh of daysOmbresborg. His crest of hellfury, in vert with noraancillars shemale, troublantleg, Griff Le Nut, it shegoak, famménache, thorrid, horned, horny. O legs, Olegs O'hhs, navanayoumps His scutschum fessed, with gambetvioles strung, noseballs dhelion, of the second helios Gabale. Hootch is for husbandman Jack handling her shoues fit of fithsmellhoeowowsnow. Hohohaho, Mister jacasse, your’re going to be Meister Guyaneserve! Looks like crazy Monte and NckedCarlozes. Comeday morm and, O story, you’re vine! Sendday’s eve and. ah, you’re vinegare! Hahahaha, ohhodalegsmistoofle Mister Gayhonest, you’re going to be Flhu feetagain!

Que sa femme ait été souvent excédée par la vie nomade de Joyce, son alcoolisme, son écriture incessante, nocturne, sa manie de vivre au-dessus de ses moyens, sa mégalomanie est chose possible.
Mais, sur sa tombe elle lui dit avec simplicité
:

Jim, que tu es beau
!

Π
eu de temps me reste pour t'exprimer notre reconnaissance. Je parle au nom du P.I.G, ce cercle mystérieux de Genève, à la chaussette de qui Paris et le Vésuve ne s'élèveront jamais.

Tous l'imaginent secrète, masquée, maçonne. Elle est, comme les secrets fondamentaux, ouverte, à la portée de chacun. Ce n'est point sa faute si les gens sont myopes et portent les œillères que leur imposent les religions et l'argent, qui depuis toujours, vont de pair. Le P.I.G, par ma bouche, souhaite ici la bienvenue au passeur de Dublin. Au bas de cette falaise coule l'Achéron, fleuve qu'on dit des morts, mais venu des Alpes par la vallée de Conches. Le soir, il laisse parler les voix des âmes emportées par la tourmente de Gustave Doré et accessoirement Dante. C'est beau mais l'origine est aussi détestable que le second monothéisme. Je ne t'imagine pas tourmenté par ces mensonges de pouvoir et je ne crois pas que Nora, après le 1941, soit allée se refaire une autre âme chez des prêtres cathos mal branlés. Toi, tu as été son momentum.

Avant de conclure, je dois, James, louer ici tes innombrables défauts. Tu as démoulé toutes les femmes en une! Tu n'es pas riche, tu ris la nuit en écrivant tes sottises, tu as réussi le plus grand hold-up littéraire de tous les temps en compissant tes merveilles abracadabreuses, tu es un poète qui

Porte de taverne en bordel
l'esprit du witty Aristote


Tu as tout utilisé, même le chemin de croix pour illustrer tes odyssées nocturnes à la recherche d'une vierge aussi pute que possible, tu n'as jamais succombé à l'esprit de sérieux, mégalomane tu as jeté ton peu de fric par des fenêtres de pourboires, on t'a dit ivrogne impassible, tu as failli faire détonner ce monde avec tes expériences subatomiques, tu es une grande bête, tu as dévoilé ton côté féminin assumé, tu n'es ni voleur ni violence, tu fus, par parenthèses, impuissant, ce qui a fait de toi un homme, un vrai
; tu es un gros menteur car tu as inventé une Dublin qui n'existe pas (d'autres ont fait de même avec Paris, Barcelone et Bumplitz), tu me compliques la vie car je parle ici d'une entité double, toi et cette serveuse, lesquelles avec les femmes de chambre ont toujours été les plus puissantes aspiratrices de foutraumonde et, chose innommable, malgré les contradictions verbales de Nora (Je voudrais n’avoir jamais rencontré quelqu’un du nom de James Joyce / Mon mari est un saint.) tu as bien réussi le compagnonnage sans lequel il n'est point d'Odyssée homme et femme. Je te souhaite donc la bienvenue en cette Académie AutreTerre qui est tout sauf académique, qui aime les nobles fous et les gens puants de vérité. Il y a, proche de nous, un grand hêtre trifide, haut de quatre-vingt-deux pieds, que tu peux admirer en regardant au hesding 187. Je pense, enfin, que tu aurais été un excellent commandant de bord!
Je conclurai donc ainsi
:


M
esdames les présences féminines transcendances de ce lieu, Mesdames et Messieurs les érables japonais, Votre Dignité Monsieur le Livre des Morts et médiéval Antiphonaire fils d'un moine espagnol fou, Mesdames et Messieurs les Titres oubliés que je réhabiliterai dans une autre vie, Mademoiselle l'Intrépide, Madame de la profonde Douceur, Mesdames et Messieurs les ambassadeurs du Sud Est français que j'aime particulièrement, cher Mario Ballester leader de la revolución espagnole et vous gens lémaniques et de Lotharingie et autres éminences pas trop grises s'il en est, Vous enfin, Madame la femme de ménage dont plus personne aujourd'hui, grâce à moi, ne nie l'existence, Mesdemoiselles les Soubrettes, Madame de la Falaise et Monsieur l'Achéron qui causent la nuit avec le nuage des âmes, qui ont tant envie de se réunir et que je retiens comme un sans-cœur, Mesdemoiselles les nobles secrétaires qui n'ont jamais de monnaie, cultivent l'art noble de la papote et n'acceptent pas les billets de mille euros, par pure et vaginale modestie, je le sais, Mesdames et Messieurs les titres convoqués, voici enfin ce que je viens vous dire:

Acte

Ε
xodus: Nora, James, vous voici réunis tous deux en cette Maison dite AutreTerre, qui tient son nom d'une guerre de cent ans, dans laquelle, me mesurant aux banquiers juifs assassins du monde je n'ai pas disposé de votre arsenal de déconstruction. J'ai construit, en votre honneur, un programme nommé Finnegan, et je vais l'utiliser ici pour déconstruire les mots qui précèdent. Notre différence est que je ne m'attaque qu'aux atomes les plus primitifs, les lettres. En voici une giclée:

banquiers juifs assassins du monde
:
bekqeierç joypv ifsissins du penle
qifzaielt pyifs assiwwubs fu sitre
hanquiyrç zuifs asdassans qu sunse
botpueers tuifr abzagpoçs do mygbe
banksters jeovç assigsiqs yk enfers
vadloiywr rovpyiirs çuoks azpibvinc
fegwuayds kuids yqsissiht da mozdi
çubtuuers liufx oçfassids du mende
nahwuoerw suifc oxbymsins da jinqo
benqiiecs jiefl ispafxins du fondi
bijsuoers juefs ahloshorl cu moxba
banqiiexs juigs assassins çe bande
banqeyurb quarf aslansans du moffe
banquiarc juycs essospimn vu munpe
birkyyers joids ashasdins to manda
bazqoiyws roixs asjassons du mihpe
semfeievr juisl ipsapsind du domfe
ganqueeks duoxs avsassilr py muvve
Ç
a n'est pas ta technique James, je ne suis même pas certain que tu eusses aimé cette puissance informatique.