Catalogue de la colère et des vecteurs féminins
(Mars2016) (197 pages)

Op 26

Pasted Graphic

Oh?

Vais-je, à plus de quatre-vingts ans, entamer une troisième carrière
? La réponse est Oui! Définitivement Oui. Mais qu’ai-je derrière moi? Je n’aime guère ce terme de carrière. Formellement, j’ai eu une carrière de compositeur et de chef d’orchestre, suivie d’une d’écrivain, ce mot que nous ne parvenons que mal à féminiser. Mais c’est oublier mon activité de pédagogue que j’ai beaucoup aimée, grâce à un moment unique dans le ministère de l’éducation, à Genève, avec le grand André Chavanne. Ma créativité trouvait un écho chez les jeunes de douze à quatorze ans. Par la suite, celle d’un président à la SIMC/Unesco et enfin au Conseil de l’Europe où je me suis rendu deux ans pour tenter de définir le statut social du compositeur et mettre sur pied une “Année européenne de la musique “. À ma décharge, je puis dire que j’ai voulu les trois premières et que je suis tombé dans les autres par pur hasard, parce que je bavarde trop, assurément! Bref, la suivante, après le musicien, le pédagogue et l’auteur, sera celle de peintre vectoriel. Je m’amuse déjà en imaginant les visages des gens de ma cour, des Genevois, qui tous détestent que l’on change d’étiquette! Désolé, je suis un récidiviste, ils vont être servis.

I
l existe un grand nombre d’artistes vectoriels. Peintre vectoriel est une idée un peu différente. Une idée d’action. Il s’agit de jeter, dans un geste magique, des millions de vecteurs qui vont devenir des personnages, des matières et leurs transformations. Les techniques actuelles permettent de vectoriser des images qui deviennent sensibles au “coup de pinceau”, de la tablette et de la souris. J’y travaille comme une brute, je m’acharne et je fais tout pour qu’ils soient bien enlevés, mais je pense parfois que mon ordinateur a plus de talent que moi… Pour revenir en arrière, j’avais défini les computers, dans les années quatre-vingt, comme des “amplificateurs d’intelligence”, J’ai commencé par un adorable PET de Commodore, c’était mini et ludique sans plus. Les programmes créatifs, musique, graphique, vidéo, PAO, étaient à venir. Le temps passa - il ne savait rien faire d’autre - et après ce premier rejet, je révisai mon opinion et découvris une informatique passionnante.
Mon instinct me disait qu’il fallait en jouer comme on joue d’un instrument. En. ce XXI siècle nous disposons non seulement de machines très puissantes mais aussi de softwares bourrés de ressources souvent ignorées et même bourrés d’une intelligence avec laquelle il faut apprendre à dialoguer.

Φusion??? Oui, présent ouvrage est une fusion! Je rédigeais simultanément, les Villes fantômes et le Catalogue de la colère. Je me suis vite aperçu qu’il s’agissait de la même œuvre, à laquelle je désespérais de pouvoir donner le jour. Car, en définitive, écrire un polar est chose facile. Une intrigue, un rien de style, le goût du jour, faire peur au lecteur, c’est à la portée de chacun. Je ne commenterai même pas la banalité du roman actuel qui ne trouve son audience que dans la banalité des provocations.

Μ
ais oser aborder le thème de la femme de pierre, et pourquoi pas du Commandeur de Don Juan en sa version féminine? Fallait oser! Je me console en me disant que ce bouquin sera génial, nul, bariolé et changeant. Je sais, je sais, je sais, il est de bons polars, il n’en est point de délicieux. À part Buena Onda , Tous vers l’extase , Les cadavres ne portent pas de costards, les œuvres complètes de mon cher San Antonio et, naturellement, On a volé le Big Bang, début de la trilogie de la grande Oriane Park . Cela dit, j’ai vite réalisé l’impossible de me plier aux exigences d’un style unique pour cette œuvre. Et pourquoi d’ailleurs? Donner trop d’importance au style est un affreux défaut fondateur de la littérature française bavarde. La matière que je traite est houleuse, fâchée, féminine, révolutionnaire et souvent incandescente; je vais oublier l’unité de style qui m’est secondaire, je vais foncer et laisser venir. Le dessin vectoriel est décourageant au premier contact mais fabuleux passé un certain cap. J’ai fait utiliser mes vecteurs par beaucoup de mes amis, ils étaient surpris de ce qui surgissait. Je vectorise des images et me crée des bibliothèques . C’est un “Manuel pour les Nuls” qui, il y a dix ou vingt ans, m’a initié au dessin vectoriel! Je crée des brosses qui sont des personnages, des lieux, des matières des signes. Il y a le féminin, des matières dont la pierre et les villes de pierre, des nuages gris ou de sang. La merveille est que ces pinceaux réagissent au tracé, à la vitesse de la main, à la pression du stylo sur la tablette. Sans oublier les immenses possibilités des superpositions, des transparences et le jeu des formes entre elles! Tu reconnaîtras dans ces pages des personnages récurrents qui me permettent de me sentir metteur en scène. Des compositions et beaucoup de sous-catégories qui se multiplient au fil de l’écriture. L’image en page14 provient d’une vidéo où je dirige la Philharmonie de Stuttgart. On devine, sur fond bruitiste, un visage et un poing brandi. Mais je ne suis pas le thème de ces pages, même si, ici et là, j’y apparais comme chef d’orchestre le poing levé, ou en jeune homme de la mer de Bretagne, à mes vingt ans. Je ne suis que celui qui tente de faire surgir, d’évoquer une réalité. Le thème central apparaît pour la première fois en page15:

C’est La colère des femmes
dans les villes de pierres des hommes.
C’est aussi cette assonance / dissonance
:

Le Mal c’est le mâle!