Une soirée avec Faustus
Op 19

Faustus cover 2013



Une soirée avec Faustus

I

TABLE DES MATIERES

Préface 7
Première partie 11
Le temps des Assassins 11
Ces crétins de Mayas avaient raison
! 13
Mix premier 15
Une fille de Cristal 19
Ceux qui vont détester ce livre ont bien raison 23
De la nature de l’âme 25
Les professions que je n’ai pas exercées 29
D’un contrat l’autre 35
Les noms qui ne changent pas
finissent toujours par se casser 37
Mix second et de la colère 41
Éloge de la bite 47
La méthode Faustus 51
Fille, blues et origines de la divinité 55
J’entre à l’Académie
! 59
D’une insuffisante déesse la chute 67
Je suis une pierre 71
Il n’y avait, enfin, plus de sexe et c’était Bang
! 73
Cette fille est à boire de suite
! 75
Anton et Jacques 79
Chute dans le fleuve Achéron 85
Mix terce et clochesonnant
! 89
La femme ninja 93
Le diable ne répond plus 95
Jézabel Partita 99
Woody avait raison 101
Seconde partie 105
Les marches de Carolingie 105
La leçon de ténèbres 107
Une grande fille en octobre 113
Un Assassin selon mon cœur 119
Faut être simple avec les filles 121
L’équi voc 125
Caroline de novembre 129
Éloge de la mort 133
Chapeau texan et bottes de cuir 141
Mélissa, Paul, Arthur et moi 145
Un hiver transfiguré 151
Mix quarte bruit du hasard 157
Une saison en AutreTerre 161
Amour et télécommande 167
Fréquences mallarméennes 173
Une fille révélée 179
Mes B.B 183
Les bans du royaume 189
Mix quinte et mozartien 191
J’ai essayé, on peut… 195
Et soudain tout s’accélère… 197
Éloge de la perversité 199
Prends ta cruelle… 203
Robert et les géantes 205
Mix sexe 209
L’échelle de Vésuve 217
Un amour de cuisine 221
Bobin Lalumière 227
Ze mail fatal… 229
Vertiges de la liste 231
Troisième partie 241
Le pardon des grands rêves 241
Les marches de Carolingie 243
Les gens sont des nuages 247
Une ressource bien féminine 251
Orageuses lumières des rêves 255
L’histoire sans fin 257
Mix septime comme ultime 263
Double et nocturne Genèse 271
J’aime beaucoup mon père 273
Annexes 281
Journal d’un homme de chambre 283
Roger Caillois
: Trois leçons de ténèbres 301
Index : fréquences et mots rares


II

Extraits : un chapitre!

Woody avait raison


On en était là quand, un matin. je me suis retrouvé dans ma douche en compagnie de Woody Allen. Il n’y était pas invité. Mais bienvenu.
J’avais adoré son film
To Rome with love dans lequel il avait superbement décrit cette grande ville et ce lieu où, nous autres les poètes, recevons du Ciel notre inspiration : la douche. C’est un petit homme frêle, un peu tourmenté mais bourré de bonnes énergies. Les Européens l’ont adopté bien avant les Américains qui sont des cons et ont dû voler au secours de la victoire. Ce n’est certainement pas par hasard qu’il s’est téléporté sous ma douche, je l’ai sans doute un peu aidé.
Dans ce dernier film il sort une idée géniale, celle d’un chanteur en qui il voit le nouveau Caruso, mais qui ne chante bien que sous sa douche. Tout le monde connaît ce phénomène. Il l’emmène dans un studio d’enregistrement pour des essais. Et c’est la cata. Le gars ne sait plus chanter comme avant. Très logique, Woody contourne le problème et fait chanter son gars sur les scènes de tous les grands opéras du monde dans… une cabine de douche. Les gens en rient ou haussent les épaules excédés. Ils ont tort, la démarche d’Allan Königsberg est géniale. Il effectue la seule bonne déduction possible et ne pousse pas le piano vers le tabouret, ne cherche pas à perfectionner son chanteur, il le douche en scène. Génie et humour vont de pair.
Je lui ai apporté des serviettes chaudes et un peignoir de bain confortable. Nous nous sommes promenés en AutreTerre et, avant qu’il ne reparte (il devait bien y avoir un compte à rebours quelque part) je lui ai expliqué mon problème.
- Je viens de me planter avec une grande Suédoise aux longues jambes et de dissoudre sans le vouloir une Mexicaine qui a beaucoup compté pour moi. Ma femme s’est tirée et je me trouve seul dans ce domaine. On a plus ou moins le même âge toi et moi, je pense que tu me comprendras car j’ai le malheur de m’apercevoir que seules les femmes m’intéressent encore. Quelle chance ! Et quel problème…
- Comme je te comprends ! Je l’ai toujours su mais j’ai mis du temps à l’admettre, tu l’auras sûrement vu dans mes films, Jacques.
- J’en connais quelques-uns. J’adore ta fragilité et la façon dont tu gesticules quand tu exprimes tes émotions, lui dis-je. Mais, avant que tu ne repartes je ne sais où, pourrais-tu me conseiller ?
Il brassa vivement l’air de ses bras. S’il avait été chef d’orchestre il eut dirigé chaque double croche d’une partition de Bach…
- Je sais à quel point c’est dur de se retrouver sans femme pendant l’été. C’est un crime de guerre de faire ça à un homme aussi gentil que toi !
- Ah ? Tu connais mon titre ?
- Bien sûr, tu penses être le descendant d’un roi du nord.
Je souhaitais effectivement rester dans l’histoire familiale sous le nom de Jacques le Gentil, comment le savait-il ? La douche probablement… Il brandit sous mon nez un bizarre nanopad waterproof vieil ivoire et m’apporta un complément d’information inattendu.
- Voilà, j’ai trouvé ça : « Jacques le Gentil, Seigneur de Coatninon & de Rosmordue ou Rofmordue, par acte du 2 octobre 1647. Il fut déclaré issu d’ancienne extraction noble, par Arrêt du 30 août 1669, de la Chambre établie pour la réformation de la Noblesse du Duché de Bretagne. Il épousa Muaricette de Pleuc, fille de Jean, Marquis de Pleuc, & d’Anne de Carné. »

J’en étais baboum… C’est fou de voir ce que ces puces savantes peuvent faire pour nous et à quel point elles nous accompagnent, de jour, de nuit et jusque sous nos douches. Il me revint en mémoire un texte de Woody qui m’avait beaucoup plu et qui serait peut-être utile dans ma situation actuelle. Il y était question de trouver des femmes savantes et… désirables.
- Tu es seul, c’est l’été et tu voudrais une femme, disait-il. Une vraie ou une fausse ?
- Une vraie, par Saint Jean ! Par Saint Denis ! Des fausses, je sors d’en prendre, elles me pompent l’oxygène.
- Où est le vrai, où est le faux ? Les fausses paraissent souvent plus réelles que les vraies. C’est dommage que tu te braques comme ça parce que tu sais, en Amérique, nous produisons de fausses vraies depuis plus d’un siècle, personne ne voit la différence et d’ailleurs personne ne veut la savoir. Je les connais parfaitement. Elles me fascinent ! Je suis le seul Américain qui les ait supportées si longtemps et en parle toujours bien dans ses films. Tu te souviens de cette période de ma vie où aucune de mes trois ex ne voulait m’accompagner pour la remise d’un diplôme universitaire ?
- Je suis en train de vivre ça, lui glissai-je. Au final ce sont tes personnages qui viennent t’entourer. Très Fellini ! Mais tu y parles aussi de déconstruction.
- Voilà ! (il agita le doigt) Tu as mis le doigt dessus ! Tu es en pleine déconstruction Jacques, donc il te faut une femme.
- J’en ai trop.
- Ça, c’est fâcheux, admit-il. C’est un peu comme l’argent, sauf qu’il y a un remède.
- Je voudrais bien le connaître, glissai-je, une lueur d’espoir cherchait à percer en moi.
- Simple. Ne fais rien et elles vont s’organiser entre elles. À côté des femmes le Strategic Air Command, la CIA, MacDo et la NSA ne sont que des gamins idiots, ils n’ont aucune idée de ce qu’est la guerre absolue. Les femmes, elles, le savent.
J’étais d’accord. Mais j’avais exagéré sur un point. Je lui expliquai qu’après en avoir sorti trois de ma vie je n’avais aucun spare, pas de nouvel horizon à longues jambes et large sourire.
- Ça change tout ! Écoute, je sens que je ne vais pas rester longtemps dans ta dimension, laisse-moi te lire un catalogue que je viens de consulter.
- Catalogue ??? fis-je abasourdi. Mais de quoi ?
- Des escortes cultivées. C’est le must actuel. Tu sais, ces filles qui entrent dans ton appartement ou dans ta vie. Elles se trompent souvent de porte. J’ai le dernier tirage des filles cultivées irrésistibles. C’est réservé à une élite mais, si tu veux, je te le lis.
- Au quai ! fis-je en américain.
- Aimerais-tu une bimbo ? Non, tu n’aimerais pas. Ces longues jambes dont tu parles tout le temps, savais-tu que Nietzsche en était obsédé ? Mais passons… Que penserais-tu d’une dominatrice ?
- Elles le sont toutes.
- D’une fille savante ?
- Ah Ça oui !
- Devra-t-elle jouer du violon ou parler de philosophie ?
- De livres ! De poésie ! De tour du monde !
- On avance. J’en ai une qui est intarissable sur Brecht et Dostoïevski ! Pour une nuit de lecture commentée elle ne te demandera que dix-huit dollars si tu l’écoutes attentivement. Plus son taxi, la location de ses fringues, la TVA locale, une chambre privée et les petits frais, bien sûr.
- Trop lourd, c’est pas mon genre d’auteur.
- Une autre qui adorera…
- Attends ! Tu oublies le paraître. Comment seront-elles vêtues ?
- Tu veux dire dévêtue ?
- Avec les femmes c’est pareil. Aurais-tu une fille qui me lise du d’Ormesson en jupe fendue ? Ou du Silverberg en string ?
- Je m’y attendais ! Tu veux du haut de gamme. J’ai une brune d’un mètre soixante-dix, les yeux verts, qui te lira du Lacan en jupe de cuir.
- Ha ! Oui, super-tentant… mais non, non. Pas ça, Lacan ne va pas réveiller mes énergies génésiques littéraires.
- Une grande rousse en bottes et mini qui te récite du Verlaine par cœur ? C’est nettement plus cher, dans les cinquante-huit dollars, et les frais…
- Va pour les bottes mais pas une rousse, j’en ai déjà deux.
- Il y aurait bien une thésarde qui aime disserter de nuit sur Joyce (quatre-vingts dollars, avec son café noir arabica, des œufs au bacon et des saucisses frites), et, dans les recommandations, une experte en sémiologie qui a des jambes sublimes et un casque de cheveux noirs (cent dollars tout rond et sans supplément, c’est une affaire non ?). Je trouve aussi la meilleure exégète de Proust qui, en short et débardeur, te fera retrouver ton temps perdu mais… aucune de ces trois ne porte de bottes.
- Woody, fis-je agacé, j’attends plus de toi. Trouve-moi juste une emmerdeuse qui rit tout le temps, porte de grandes bottes et commente à longueur de journée la complexité masculine ! Une fille nulle, éclatante de vérité. Ça doit exister.
- J’ai une blonde de grande taille, pour les bottes ça va, mais elle ne parle que de la complication masculine. Jamais de la complexité. Elle ne comprend rien à notre race.
- Ça me va, grognais-je, quel est son prix ? Il me la faudrait pour une bonne durée. Je lui ferai savoir à quel point les hommes sont simples.
- Vendu ! s’exclama-t-il. Elle ne te demandera pas d’argent. Passe demain à Annemasse pour voler avec ton avion, elle t’y attendra.
Les derniers mots furent un rien toussotés. Il se dissipa dans une ultime gesticulation. La douche, tu sais, c’est magique, tout en provient, l’inspiration de mes œuvres, et même le plus charmeur et talentueux des juifs de New York. Mais je sentais le piège. Cette grande fille ne me demanderait rien ? Ça serait la plus chère de toutes, c’était sûr. Mais peut-être aussi… bien en chair.

On verrait bien demain.


Main